La quête de la performance : potentiel & stratégies

À l’issue de cette première phase de la modélisation et en tenant toujours compte de l’interaction entre les différentes sphères, le préparateur va aider l’athlète à développer :

  • son potentiel au sens des ressources psychologiques
  • mettre en oeuvre ses stratégies mentales
  • l’activation de techniques d’entrainement mental

C’est ce que montre l’explication qui va suivre. Cet article doit beaucoup au travail de G. Missoum (1991 et suivantes…) principalement « Les stratégies mentales de la réussite » (Reuter réédition 2015) ouvrage éclairant, structurant et inspirant pour le préparateur mental en devenir que je suis.  

Le potentiel au sens ressources psychologiques est constitué de plusieurs paramètres :

  • Cognitifs, pour l’attention, l’apprentissage, les comportements qui peuvent être développés  avec la visualisation mentale. 
  • Emotionnels, à travers le contrôle du stress, de l’émotivité voire de la fatigue pour lesquels les techniques de relaxation et d’hypnose sont adaptées. 
  • Relationnel, induit le développement de la communication avec l’entourage large du sportif  comme son leadership avec l’utilisation de la PNL. 
  • Dynamique, regroupe la motivation, la combativité, la capacité à positiver : une fois encore la visualisation mentale est adaptée. 
  • Image de soi, s’intéresse à la confiance, l’affirmation, le contrôle des pensées négatives par l’utilisation de la visualisation mentale. 

Les stratégies mentales sont définies comme des moyens d’actions, des leviers de changements de  l’individu sur lui même et sur le monde. La modélisation reprend les 13 stratégies posées qui couvrent l’ensemble des besoins du sportif comme de l’extra sportif (entreprise…).

Elle a pour but de stocker des images (passées) pour se les remémorer de manière aussi précise que possible dans le but de reproduire et se projeter dans l’avenir (futur). 

L’aptitude à la visualisation mentale peut varier selon les individus c’est ainsi que L. Bump a proposé un questionnaire de capacité à la visualisation mentale (QCVM 1989).  

Illustration: au printemps le hasard des rencontres et tournois m’a fait rencontrer deux fois en 15 jours le même adversaire que j’avais battu assez facilement la première fois. Quand j’ai su que nous allions jouer la revanche je suis allé recherché visuellement les images me permettant d’illustrer les raisons de cette victoire (jouer plutôt sur son coup droit, servir sur lui…). Quand nous avons démarré l’échauffement du 2ème match, j’avais une idée très claire, confiance dans mon jeu et des sensations très positives qui m’ont permis de gagner une nouvelle fois en 2 sets. 

R. Schuller recommande de « planifier ses objectifs » sinon vous « planifiez vos échecs ». Dans leur  grande majorité les athlètes de haut niveau savent le faire, c’est, je constate, moins évident dans les niveaux plus bas et encore moins avec des jeunes sportifs. 

Se fixer des objectifs SMART et idéalement un seul, c’est canaliser son énergie au bon endroit, c’est aussi une preuve de connaissance de soi et la capacité de lutter contre ses croyances limitantes. Enfin les atteindre ou les dépasser décuple le plaisir notion fondamentale de la préparation mentale. 

Illustration: dans mon activité de coach, quand j’accompagne une personne cela peut prendre  plusieurs séances pour déterminer l’objectif, et le seul, qui est le plus important pour elle au moment présent. Nous fixons aussi des objectifs intermédiaires qui lui permettront d’évaluer son  cheminement mais il arrive parfois qu’en cours de route l’objectif final diffère de l’initial suite à cette évolution. Je ne l’ai pas encore connu dans l’accompagnement d’un sportif mais je m’y prépare déjà…

Elle pose la capacité d’analyser et d’apprendre des échecs comme des succès. Déterminer son STRATEX selon Missoum c’est avoir un point de référence (course, match, victoire, prestation…) pour pouvoir comparer et faire ressortir les différences avec les échecs. Tous n’ont pas naturellement cette capacité d’analyse, elle peut faire l’objet d’un entrainement régulier pour que l’individu progresse.  

Illustration : pour chaque match joué, parfois aussi à l’issue d’un entrainement particulièrement, réussi ou raté, j’incite les sportifs que j’accompagne à mettre par écrit à chaud leurs sensations, explications… Nous partageons dans les jours suivants les remarques notées en insistant sur ce que la personne retient en un ou points.

C’est tenter d’être dans le bon état mental au bon moment et d’avoir la capacité de passer de l’un à  l’autre sur demande. C’est avant tout se connaitre et surtout être flexible.

On distingue le macro Switch comme passage d’un état, par exemple dehors du sport, à un état de  compétiteur focus et le micro Switch qui permet de se relaxer entre les points ou entre les jeux au  tennis. On peut mobiliser pour cela la respiration, la visualisation mentale, une routine

Illustration: en dehors du sportif j’ai déjà accompagné plusieurs personnes sur une problématique  assez courante : l’incapacité de switcher entre le travail et la vie perso. En complément des actions simples à réaliser mais souvent compliquées à mettre en oeuvre (laisser  son ordinateur au travail, stopper la signalisation de messages, appels sur le portable… ), je me  souviens avoir travaillé avec les personnes sur une routine répétitive à mettre en oeuvre sur le chemin entre départ de bureau et arrivée à la maison, censée symboliser le switch. Pour certains c’est un morceau de musique, pour d’autre un changement de tenue voire plus classiquement de se servir un verre dans un fauteuil… L’essentiel était dans le symbole censé déclenché la rupture entre les deux mondes. 

C’est la capacité à mettre l’autre (équipier, interlocuteur…) soit dans un état mental positif et  favorable à son égard (stratégie de négociation) soit de le déstabiliser en instaurant chez lui un état négatif agissant contre sa performance (stratégie de confrontation). La première est adaptée au  sport collectif et au monde du travail la deuxième pas exclusivement mais plus particulièrement aux sports individuels. Cette tentative de prise d’ascendant peut se faire de manière verbal ou non verbal. 

Illustration: j’ai le souvenir d’un match serré de tennis il y a quelques mois contre un joueur qui joue dans son club devant un public acquis. Alors qu’aucune contestation n’est intervenue entre nous, à  5/5 40 A au 1er set une balle litigieuse nous divise. Alors que mon adversaire cherche le soutien dans le public, je lui dit que c’est à nous d’arbitrer notre partie et lui rappelle la règle des 2 balles dans ce cas alors que je suis moi aussi certain de mon fait. Il s’est dès lors mis dans un état de crispation, d’agacement pendant que je m’efforçais de lui montrer une motivation décuplée dans mon attitude (non verbal) mais silencieusement. Nous avons finalement rejoué logiquement cette balle, j’ai gagné le jeu et le set derrière. Sa crispation s’est accentuée je le sentais bloqué sur l’incident, en difficulté ce qui décuplait ma motivation… Il a abandonné à 3/0 dans le 2e, m’a serré la main rapidement et à quitter le club devant ses amis sans un regard… J’avoue avoir ressenti, au delà d’une forme de déception, comme une victoire psychologique qui aurait malgré tout pris des proportions un peu grandes : c’est probablement la 1ère fois que j’ai eu la sensation d’avoir contribué à « faire dégoupiller » un adversaire…  

Contrairement à Sartre dans « l’enfer c’est les autres » je suis persuadé que personne ne progresse ne « réussit » sportivement, professionnellement ou tout simplement individuellement sans les autres.  Elle se base sur le postulat que nous ne pouvons pas réussir seul et que nous avons besoin des autres. Missoum parle de « métaprogramme moi-autrui ». C’est aussi une manière de prolonger le plaisir (encore et toujours) personnel de performance avec et par son entourage.  

Cela joue sur la motivation de la personne avec un impact positif ou au contraire négatif en situation de conflit même si Mac Enroe avouait trouver dans ses colères une motivation pour le combat vers la victoire. C’est pour le sportif un sujet de la plus haute importance, d’ailleurs G. Missoum consacre plus de 10 pages sur cette stratégie c’est dire tous les aspects qu’elle concerne.

Illustration: dans un exemple assez classique dans le milieu du sport je me souviens adolescent  d’une copine très douée au tennis et dans les meilleures françaises de sa catégorie (-4/6 à 14 ans)  poussée dès son plus jeune âge par son père. Elle pensait, dormait, vivait tennis. De nature très joviale, souriante, ouverte, nous (ses amis) l’avons vue vers 15 ans basculée dans une forme de tristesse, correspondant à une période où sa progression était plus difficile et les pépins physiques plus fréquents. Pour finir elle a brutalement jeté ses raquettes au pied de son père vers 16 ans, sûrement épuisée par cette relation « forcée » au tennis et à la fois signe de maturité en reprenant la main sur son destin. Elle a retrouvé assez vite son sourire et sa joie de vivre et, à ma connaissance, n’a jamais rejoué… 

En lien étroit avec la stratégie comme la technique de visualisation elle permet à l’individu de  s’observer pendant l’action. C’est prendre le temps de voir autrement ce que l’on fait : d’envisager un autre angle, une autre perspective. Elle est très souvent mise en oeuvre lors d’intervention devant un public par l’orateur qui s’observe et s’adapte. 

Pas toujours évidente à mettre en oeuvre, cette capacité à la prise de hauteur, de recul se travaille  individuellement mais aussi collectivement. 

Illustration : lors de coaching un des points clés, parmi d’autres, est de permettre à la personne de se mettre en position Méta par rapport à son questionnement, sa problématique. Pour lui faciliter cette vision décalée l’effet miroir est une technique efficace dans l’accompagnement. En reflétant, en questionnant ses propres propos (verbal) ou attitudes (non verbal), on réunit les conditions pour, la personne qui le souhaite, de faire un pas de côté dans son observation. Si cela peut perturber la personne au début, le plus souvent elle se familiarise avec cette technique en y trouvant une aide pour cheminer.  

Ces 7 stratégies fondamentales agissent sur des secteurs bien définis et mises en oeuvre collectivement vont permettre à la personne de tendre vers l’excellence gage de performance. Elles se nourrissent mutuellement des ressources psychologiques du Potentiel.  Maitriser le potentiel améliore l’efficacité des stratégies mettre en oeuvre les stratégies optimise le potentiel :

  • cognitifs = traitements des informations = stratégies de gestion de situation, relationnelle, Méta
  • émotionnel = gestions des états mentaux = switch et Méta
  • relationnel = stratégies d’influence et relationnelle
  • dynamique = stratégies d’objectifs, d’influence et relationnelle

Pour compléter ces stratégies fondamentales, l’auteur présente 6 stratégies complémentaires qui  complètent les leviers de changement de l’individu vers sa performance. Elles agissent plus  particulièrement et de manière pratique (en situation) sur la gestion du stress.

 

Elle enlève la pression de la découverte (finale, stade, épreuve…), rassure et optimise la confiance dans la réussite. Les rituels, routines, superstitions peuvent permettre de donner le sentiment d’habitude

Illustration : le hand ball a été mon sport n°1 de 7 à 18 ans comme gardien de but. À 13 ans j’ai vécu une expérience multi stress dont je me souviens parfaitement. Première sélection en équipe de Seine-Maritime, match en ouverture de l’équipe de France devant 3000 personnes et pour couronner le tout obligation de jouer en short aussi ce qui en tant que gardien était une première pour moi. Autant de raison de passer à côté de cette soirée… C’est d’ailleurs le short qui me perturbait le plus : j’ai donc trouvé l’idée de mettre des chaussettes montantes pour me redonner la sensation du survêtement et me suis échauffé avec le même rituel que d’habitude. J’ai réalisé ce soir là un de mes meilleurs matchs me valant une sélection en équipe de Normandie dans la foulée. 

Elle est l’inverse de la précédente : on sort de l’habitude. La découverte stimule, fait tomber la peur de la nouveauté dans un élan d’attractivité positive. Il ne s’agit plus de lutter contre les effets négatifs du stress mais bien d’aller au devant de celui-ci. La personne n’a rien anticipé, est dans le présent et va rechercher le plaisir dans l’excitation du moment. Elle se complète de la « stratégie d’amnésie » qui permet de rafraichir le mental en oubliant le déjà vu, déjà vécu jusqu’à la réputation de son adversaire. 

Illustration : dans ma modeste vie de tennisman cette stratégie s’avère difficile à mettre en oeuvre  avec certains adversaires contre lesquels je n’ai jamais réussi à gagner. En revanche, contrairement à d’autres joueurs de mon entourage, je me sens capable de gagner plus vite (2 sets) contre un joueur avec qui, une ou plusieurs fois, la partie fut accrochée. 

Courir après le score ou les mètres de retard n’est jamais très bon généralement voir vitale ou « létale » dans certains sports de vitesse (sprint , F1…). C’est également le cas dans l’animation de réunions. Pour favoriser cette stratégie la personne se prépare d’abord à l’action en amont, puis s’efforce de rentrer sans attendre dans l’action en luttant, si besoin, contre la lenteur de la mise en route. 

Illustration: dans le golf le 1er départ donne souvent, dans l’esprit de beaucoup de joueurs, le ton du parcours comme le dernier peut « manger » la carte. C’est intéressant dans ce sport c’est la  multiplication des 18 « bons départs ». On retrouve aussi au tennis comme dans beaucoup de sports, l’importance du début de match, des premiers points d’un jeu décisif ou du set suivant surtout quand on a gagné ou perdu facilement le précédent… 

C’est souvent la capacité à gérer la peur de gagner ou plutôt la crainte de perdre alors que la personne est en position de gagner : le tristement célèbre « petit bras ». 

Pour lutter il est indispensable de garder au maximum le dialogue interne positif ce qui nécessite de  maintenir une bonne concentration pour ne pas sortir du match. 

Illustration : un premier exemple me vient à l’esprit lors de l’animation d’une réunion l’intervenant est souvent jugé sur la dernière image qu’il donne. Autre exemple, récent de parfaite gestion avec l’équipe de France de rugby qui aborde chaque rencontre avec cette quasi obsession du bien finir à partir de la 60ème minutes avec l’apport du banc.  

STRATÉGIE DU duel

Elle permet d’aller, par anticipation, contre l’adversaire. Cela signifie de préalablement connaitre, évaluer l’adversaire par l’observation, les données et aujourd’hui avec la vidéo, élément devenu incontournable.  

Il convient d’identifier les points faibles et forts puis visualiser comment les gérer.

Illustration : encore une fois issue de mon expérience tennistique mais que je transmets aux autres sports. Dès l’échauffement, comme beaucoup, j’évalue la forme du moment (la mienne comme celle de l’adversaire) mais surtout son coup fort et son coup faible. À partir de là, je mémorise la tactique à appliquer avec une phrase simple : « tu joues le coup faible et tu le surprends sur le coup fort ». La relative simplicité de ce focus me permet de continuer à garder cette lucidité même dans les moments tendus. Bien sûr il faut aussi savoir modifier sa tactique si nécessaire : l’adversaire pouvant s’habituer.

Plus orientée vers le sport collectif elle est censée renforcer la cohésion et mettre en avant les leaders et leur capacité à encourager, motiver leurs coéquipiers. 

Dans le sport individuel elle peut être mise en place avec son entourage avant la compétition ou même pendant par un simple geste ou regard. Et puis il n’est pas interdit de s’auto-encourager. Une fois encore cette stratégie devrait être omniprésente dans le monde de l’entreprise comme dans  l’éducation familiale. 

Enfin, pas de progrès ni de performance sans l’activation des techniques d’entrainement à disposition des athlètes ou non sportifs. Elles interagissent également en fournissant une liste d’outils parmi, lesquels, coaché et coach, trouveront les plus adaptés à la singularité de la situation de chacun. 

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