Si, pour le haut niveau mondial comme français, la préparation mentale semble désormais acquise, au sens de la reconnaissance par tous de son intérêt et même si beaucoup reste à faire avec l’amélioration des connaissances du cerveau, le « sport ado » serait-il ignoré par cette tendance ?
On trouve relativement peu d’étude en français comme en anglais. J’en veux pour preuves et exemples : une ligue régionale de tennis vient seulement de former son 1er entraineur à la préparation mentale et une de golf se partage les services d’un préparateur mental avec d’autres sports. Nul besoin d’aller chercher d’autres exemples dans d’autres régions…
Le monde sportif des ados (13 /18 ans) et surtout des pré ados (9 / 12 ans) semble même faire « peur » à beaucoup de préparateurs mentaux préférant donner priorité à l’accompagnement des adultes. On peut le comprendre entre la gestion souvent compliquée de parents impliqués parfois à l’excès jusqu’au transfert sur leur progéniture de la carrière espérée, un discernement en devenir, les aléas d’une personnalité en construction, rendent le « retour sur investissement » (temps passé vs progrès) aléatoire.
La préparation mentale semble donc descendre, lentement mais sûrement, du haut niveau vers les étages du sport semi pro puis amateur puis espoir avant d’espérer peut être un jour toucher les enfants en milieu scolaire…
Dans le prolongement de la modélisation présentée plus haut je me demande si nous ne devrions pas pourtant en faire une priorité ?
« Ce que l’enfant est en mesure de faire aujourd’hui en collaboration,
il saura le faire tout seul demain » – L. Vigotskyi
En s’appuyant sur la zone proximale de développement de L. Vigotskyi comment ne pas imaginer l’apport des outils de la préparation mentale face aux défis de cette tranche d’âge et ce, bien au delà des bienfaits reconnus de l’activité physique, dans la construction de personnalité ?
Confiance en soi, difficulté à se concentrer, gestion du stress, apprendre à se comparer aux autres sans frustration ni jalousie, indépendance de jugement face aux adultes sont autant de thèmes parmi d’autres, qui rentrent, me semble t-il, dans le champ de compétence de la préparation mentale. L’activité sportive serait donc, dans ce cas, comme le ticket d’entrée ou le vecteur vers un objectif extra sportif plus large. Cette sensibilisation initiale et, rêvons un peu, devenant un apprentissage régulier, serviraient à terme celles et ceux qui perceront plus tard dans leur sport mais aussi et surtout une grande majorité d’entre eux.
Ce qui peut se résumer à : « Avant d’en faire des champions de leur sport, aidons-les à être champion de leur vie. »
C’est bien cette perspective qui m’a donné l’idée, l’envie de ce test de sensibilisation auprès des moins de 12 ans comme une première étape pour juger de l’intérêt ou non d’aller plus loin…
PRÉSENTATION DU PROJET
OBJECTIFS
Tester et évaluer, sous forme ludique, la receptabilité d’enfants de moins de 12 ans à 2 outils de base de la préparation mentale : respiration 5/5 & visualisation.
QUI ?
À l’origine du projet, j’ai obtenu préalablement la validation des entraineurs, des parents comme des enfants.
AVEC QUI ?
Groupes de stagiaires d’été de tennis, entre majoritairement 8 à 12 ans, et différents chaque semaine (sauf quelques rares exceptions qui restent 2 semaines).
Précision utile : il s’agit très majoritairement d’enfants de CSP+.
OÙ ?
- Tennis du Petit Caux avec Dorian et Logan
- Tennis de Veules les Roses avec Matthieu
QUAND ?
6 semaines du 10 juillet au 18 août 2023 sur les deux endroits.
COMMENT ?
2 ateliers d’initiation : respiration & visualisation
Chaque groupe fait les 2 ateliers :
– Lundi et mercredi à Veules
– Mardi et vendredi à Varengeville
Objectif : 10/15 minutes maximum par atelier après l’heure de tennis
Evaluation : questions orales et observations consignées dans la fiche d’évaluation au cours et à l’issue de chaque atelier.
Avec les premiers retours des adaptations pourront être effectuées.
DÉROULEMENT DES ATELIERS
- Présentation courte aux accompagnants en début de stage : dans le cadre d’un mémoire de formation préparation mentale.
- Accord verbal des parents accompagnants invités à assister s’ils le souhaitent et l’accord verbal des enfants.
- Public en demi cercle face à l’animateur dans un endroit calme, ouvert (pelouse ou salle à proximité) et visible de l’extérieur (précaution du travail avec mineurs).
- Utiliser des mots simples et beaucoup d’inter activité, bien insister sur le côté ludique pour capter l’attention
C’est quoi le mental ? De quoi avez vous besoin pour jouer au tennis ? Bras, jambes, têtes ?
C’est quoi le stress? …
ATELIER 1 – RESPIRATION
Introduire l’atelier respiration : Qui sait respirer ? C’est quoi la respiration ? On respire avec quoi ? C’est quoi l’essoufflement ?
Exercice 1 : Expiration par la bouche / Inspiration par le nez, par la bouche, bouche & nez.
Retours de sensation ? C’est quoi le stress ? Ça provoque quoi ?
Exercice 2 : Initiation à la cohérence cardiaque 5/5 se concentrer sur la respiration.
Retour de sensation ? Questions ?
ATELIER 2 – VISUALISATION MENTALE
Rappel / Evaluation : qu’avez vous retenu de l’atelier 1 ?
Visualisation ça veut dire quoi ? Ça sert à quoi (stress, se remettre dans du positif, du confort…)
Qui aime le chocolat ? Qui connait la couleur ? Qui connait le goût du chocolat ?
Exercice 1 : conditions de visualisation
Focus sur la respiration confortable / fermeture des yeux / bruits autour / voix
Exercice 2 : imaginez une tablette de chocolat…, les carrés, la couleur, l’emballage ou pas, puis imaginez le goût…
Retour de sensation ? Questions ?
SYNTHÈSE DES PARTICIPANTS AUX 23 ATELIERS
12 ateliers respiration & 11 ateliers visualisation* entre le 10 juillet et le 24 août sur les tennis de Veules les Roses et Varengeville.
*Un atelier visualisation n’a pu se faire, la pluie ayant annulé le cours.
Un grand merci aux BE (Matthieu , Dorian et Logan) et à tous les enfants acteurs !
| Âge | Filles | Garçon |
|---|---|---|
| 7 ans | 2 | 0 |
| 8 ans | 4 | 12 |
| 9 ans | 5 | 14 |
| 10 ans | 7 | 12 |
| 11 ans | 8 | 15 |
| 12 ans | 9 | 11 |
| 13 ans | 3 | 5 |
| Sous total | 38 | 69 |
| % 8-12 ans | 87% | 93% |
| TOTAL = 107 |
BILAN GÉNÉRAL
La démarche a été accueillie très favorablement par les parents / accompagnants avec aucun refus. Une large majorité a approuvé l’initiative, étant eux même adeptes de relaxation, yoga…
Les autres étant à minima curieux de cette approche pour les enfants.
Les enfants ont également bien accueilli la participation aux ateliers, rassurés par l’accord des parents / accompagnants et encouragés par les coachs.
Sur l’ensemble des enfants contactés seulement 4 (non comptabilisés ci-dessus) n’ont pas souhaité suivre les ateliers (3,6%) : tous les 4 avaient entre 8 et 9 ans.
18% seulement ont cité la tête comme utile à la pratique du tennis après la raquette, la balle, le terrain la main, le bras, les jambes…
76% disent avoir déjà connu une situation de stress seul et sans influence extérieure : sportive, liée à l’école (rentrée scolaire, évaluation) ou au retard avec un transport.
NDLA : Compte tenu des âges, des différences de discernement et malgré des questions simples le plus neutre possible, les ressentis exprimés peuvent avoir subis des influences telles que :
effet de groupe, ami(e) à côté, faire plaisir à l’animateur, référence familiale…
BILAN CHIFFRÉ ATELIER 1 / RESPIRATION
94% estiment savoir respirer et 26% évoquent une difficulté dans l’effort.
- Difficulté à expirer par la bouche : 7%
- Difficulté à inspirer par la bouche : 0%
- Difficulté à expirer par le nez : 32%
- Difficulté à inspirer par le nez : 58%
Combinaison expiration par la bouche et inspiration par le nez à leur rythme est ressenti comme plutôt confortable pour 82%.
Pour 86% d’entre eux, le fait de fermer les yeux et de se concentrer sur la respiration est plus efficace que les yeux ouverts.
22% font référence à leurs parents pour associer respiration à relaxation mais aucun n’a mentionné la notion de cohérence cardiaque ou respiration 5/5.
La mise en oeuvre de celle-ci, même avec les yeux fermés, a été jugée compliquée pour 71% sur l’inspiration par le nez en 5 secondes particulièrement pour les plus jeunes. Les filles se montrant plus concentrées et plus à l’aise que les garçons à 80%.
Cela dit, 88% de l’ensemble des enfants ont trouvé l’exercice plutôt relaxant et agréable.
BILAN CHIFFRÉ ATELIER 2 / VISUALISATION
Aucun des enfants n’a mentionné connaitre la visualisation.
Pour 65% la mise en condition (respiration confort, yeux fermés, sons autour…) a semblé plus facile après l’atelier 1.
- Sur la visualisation de la tablette :
- 75% disent l’avoir vue en continu
- 19% en discontinu
- 6% ne pas réussir
- Sur la visualisation de la couleur (noir, marron, blanc) :
- 84% disent l’avoir vue
- 16% pas du tout
- Sur le goût :
- 43% disent l’avoir eu en continu
- 14% par intermittence
- 43% pas du tout
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Il est délicat de tirer des conclusions précises sur un échantillonnage limité et si peu de séances mais je retiens de cet exercice :
- L’intérêt des entraineurs et des parents / accompagnants unanimement curieux et réceptifs à l’expérimentation.
- Dans une grande majorité, les enfants ont également joué le jeu, se sont pris au jeu (partage avec les parents à l’issue, motivation pour le second atelier, participation aux réponses…)
- Le format simple, court et ludique correspond bien aux attentes de ce public à la capacité d’attention inégale : seuls deux binômes de garçons de 12 ans ou plus ont eu un peu de mal à se concentrer pendant les ateliers alors que les filles, tout âge confondu, ont unanimement fait preuve d’attention.
- L’ajout de visuels drôles durant les séances pourrait améliorer encore l’attention des enfants.
Pour rappel il s’agissait bien d’une première étape de sensibilisation pour se convaincre d’envisager un plan d’actions plus ambitieux autour des enfants.
NDLA : il est essentiel et même vital d’entrainer l’adhésion d’une partie des enseignants de clubs et si possible à terme de l’éducation nationale pour relayer, diffuser, démultiplier la sensibilisation auprès du jeune public. Les premiers échanges autour de ce projet avec ces entraineurs et enseignants sont encourageants par l’intérêt qu’ils semblent porter à l’entrée de la préparation mentale dans leur milieu.
